Bijoux conceptuels
Comprendre l'origine pour penser l'évolution
La joaillerie, comme tous les arts révèlent les changements sociétaux parce que les artistes sentent les changements, et avant même que les philosophes ou sociologues les nomment, ils savent transcrire en objet les émotions qui les entourent.
Imprégnés de notre société (malade et pourtant résiliente, cocoonneuse et pourtant aux aspirations internationales, séduite par les technologies et pourtant adepte de l’up-cycling), les joailliers imaginent aujourd’hui les formes qui demain témoigneront de ces mutations.
Le travail de Nathalie Bonnemaille est au cœur de cette nouvelle donne joaillière.
Comme nous, elle recherche les valeurs de la nature, mais différemment de l’Art nouveau qui témoignait d’un hédonisme revendiqué dans la présentation d’une nature voluptueuse, féminine et pourtant menaçante, la Beauté Etrange.
Comme tous, elle s’interroge sur les lignes et la géométrie, mais dépasse l’esprit moderniste qui célébrait un futur que la recherche espérait transcender, et s’oppose au post-modernisme qui, sous couvert d’un accès culturel pour tous, encensait le consumérisme.
Les créations joaillières de Nathalie Bonnemaille, empruntent au libertarisme son esprit de liberté en choisissant des gemmes brutes, naturelles, à la beauté intrinsèque. Du transhumanisme, elle s’approprie les bienfaits de la recherche, de la science et de l’expérience, en sélectionnant les gemmes, parfaites, dont la plus belle taille exalte la beauté fabriquée.
Inspirées des valeurs d’aujourd’hui que personne n’a encore nommées, elle concilie les deux. Non en les opposant mais en les conjuguant les même gemmes brutes et taillées coexistent dans des formes qui allient le design le plus graphique au martelage presque brutaliste de la matière. Elle honore l’humanité en magnifiant dans ses bijoux les matériaux qui incarnent nos origines : les météorites, les pépites et même l’or fossile.
A travers sa joaillerie, Nathalie Bonnemaille milite pour une société réconciliée entre respect de la nature et emprise de la transformation, entre maitrise de la matière et perfection immanente de la terre.
Texte rédigé par : Anne Desmarest de Jotemps